Le psoriasis est une dermatose fréquente (1 à 3 % de la
population), définie par des plaques érythémato-squameuses bien
limitées. Il correspond à une hyperprolifération épidermique, comportant
des troubles de la différenciation, et liée à un terrain génétique
particulier, démasqué par de nombreux facteurs de l'environnement.
C'est la plus banale des dermatoses et l'une des plus
faciles à diagnostiquer.
L'affection reste le plus souvent bénigne, il en existe
cependant des formes graves.
Dans l'état actuel des connaissances, tous les traitements
n'ont qu'une action suspensive.
Le mécanisme précis du psoriasis est encore mystérieux.
On a mis en évidence de nombreuses anomalies épidermiques :
l'index mitotique et la synthèse de l'ADN sont augmentés dans l'épiderme
psoriasique (le turn over ou le renouvellement des cellules épidermiques
est de 2 jours au lieu de 14).
Etude clinique
Forme commune : Le psoriasis vulgaire, en plaques
La lésion élémentaire
: Très caractéristique permet de porter facilement le
diagnostic. C'est une tache érythémato-squameuse arrondie à limites
nettes et parfois légèrement en relief par rapport à la peau voisine.
Typiquement non
prurigineux, le psoriasis l'est cependant, dans 1/3 des cas environ. Le
prurit est en général provoqué par des thérapeutiques externes ou lié à
un contexte psychologique particulier.
Evolution
: Evolution
habituellement chronique par poussées.
Les poussées de
psoriasis connaissent parfois des facteurs déclenchant : infectieux et
surtout psychologiques, plus ou moins nets selon les sujets. Ailleurs,
elles sont imprévisibles. Leur fréquence est très variable, et il faut
se garder de tout pronostic.
Certains psoriasiques n'ont au cours de leur existence que des
manifestations très espacées alors que d'autres ont des poussées
subintrantes donnant à la dermatose un aspect pratiquement continu.
L'exposition solaire a le plus souvent une influence favorable sur le
psoriasis.
Les psoriasis graves
Les
formes graves du psoriasis sont rares ; elles peuvent survenir chez un
patient atteint d'une forme bénigne, à la suite d'une erreur
thérapeutique (corticothérapie générale). Mais c'est une éventualité
très rare, et ces formes graves surviennent souvent dès l'apparition de
la maladie. Elles évoluent également par poussées.
Erythrodermies psoriasiques
Classiquement,
elles revêtent deux aspects différents : l'un sec, l'autre humide et
œdémateux.
La
forme sèche, correspond au psoriasis généralisé (universalis) encore
appelé psoriasis érythrodermique. Il s'agit d'un psoriasis diffus qui
laisse cependant quelque espaces de peau saine. Le pronostic est bon :
l'état général est conservé.
La
forme humide et œdémateuse ou érythrodermie psoriasique est due en
principe à des facteurs surajoutés : infection, traitement locaux ou
généraux (antimalariques, sels d'or, anti-inflammatoires, corticoïdes)
et de pronostic plus sévère. L'érythème et l'œdème s'étendent à tout le
tégument sans espace de peau saine qui est couvert de squames fines qui
s'éliminent en grands lambeaux. L'état général est altéré (fièvre,
anorexie, troubles digestifs, oligurie, amaigrissement). Les risques
sont : les surinfections des lésions, pneumopathies, septicémie,
troubles de la thermorégulation, complications cardio-vasculaires
surtout chez le sujet âgé, troubles hydro-électrolytiques, anémie, perte
protéique. La mort peut survenir à la suite de ces complications.
Psoriasis pustuleux
généralisé :
(de Von Zumbusch) : tableau clinique impressionnant, avec
fièvre à 4O°C, frissons, altération de l'état général, éruption
généralisée (visage, paumes et plantes sont épargnés) érythémateuse puis
érythémato-pustuleuse puis desquamante.
Rhumatisme
psoriasique :
Touche
environ 5% des psoriasiques, et s'associe toujours à des lésions
cutanées (qui rarement peuvent débuter après le rhumatisme). C'est un
rhumatisme inflammatoire chronique, déformant, qui peut être très
invalidant, dont on décrit deux grandes formes, qui peuvent être
associées
TRAITEMENT
Il
ne peut être que symptomatique, "blanchit" la maladie mais ne met pas à
l'abri des récidives. L'essentiel du traitement est dermatologique ; il
pourra être aidé, en cas de lien avec des difficultés psychologiques,
par un abord psychothérapeutique (entretiens, prescription de
psychotropes). Il faut savoir en outre que l'effet placebo est, ici plus
qu'ailleurs, important.
Psoriasis localisé :
Le traitement est
habituellement local :
Décapage des lésions hyperkérartosiques : bain émollient, vaseline
salicylée à 5 ou 1O % (kératolytique).
Traitement réducteur : à l'aide d'une préparation contenant un ou des
goudrons (salissants, efficaces, mais actuellement délaissés à cause du
risque cancérigène inhérent aux goudrons.)
L'anthraline
: Dioxyanthranol, en applications prolongées (Anaxéryl*) ou en
traitements courts (30') à fortes concentrations (1 à 3 %); (Dithrasis*).
Traitement par les dérivés de vitamine D: le Calcipotriol ( Daivonex*)
Corticothérapie locale, justifiée dans les psoriasis localisés : on
utilise les dérivés puissants : Diprosone, Topsyne, ... en crème ou en
pommade et en gels ou lotions sur le cuir chevelu (très bonne
indication).
Attention aux consommations abusives (d'autant que les interruptions de
traitement entraînent des rebonds) source de complications et en fin de
compte d'inefficacité.
Psoriasis étendu :
Traitement local comme ci-dessus
PUVA-Thérapie (psoralènes per os + irradiation UV-A) ou
Re-PUVA-thérapie
(association rétinoïde: Soriatane + PUVA).
Psoriasis graves :
Erythrodermie : éosine à alcool, l’acitretine (le Soriatane est
tératogène et contre-indique toute grossesse pendant son administration
et 12 mois après son arrêt).
Psoriasis pustuleux : Soriatane (1 mg/kg/j) : en cas d'échec du
Soriatane, PUVA ou Ré-PUVA, ou Méthotrexate IM, en dernier recours.
Rhumatisme psoriasique : Aspirine, anti-inflammatoires non stéroïdiens,
Méthotrexate, Synoviorthèses, techniques de rééducation, Rétinoïdes:
Soriatane.
Chez l'enfant : grande prudence thérapeutique, l'évolution est très
facilement régressive. On se limite aux traitements locaux, tous les
autres traitements ont des effets secondaires (prudence avec la
vaseline salicylée qui trop concentrée peut provoquer une intoxication
salicylée).
Héliothérapie : L'effet bénéfique des UV (A et également B) peut être
recherché au soleil , des cures
thermales sont bénéfiques.
Professeur Mohamed Denguezli
Faculté de médecine Ibn El Jazzar
Sousse - Tunisia